Dès qu' à un basque d'iparralde,
conscient de l'importance de la culture basque, on lui parle de Durango
aussitôt il se rappelle de l'importante foire aux livres et aux disques
qui se déroule dans cette ville. D'ailleurs, de plus en plus, de
gens d'iparralde se rendent à cette foire. Il semble que ce mouvement,
d'une année sur l'autre, se renforce et surtout chez les jeunes cette
réputation va grandissant.
Pour ma part, il me semble que je me suis rendu à cette foire,
pour la première fois, en 1967, tout au début. Pour alors,
cette foire était plutôt austère si l'on compare à
celle d'aujourd'hui - entre temps beaucoup de choses ont changé -
j'avais été émerveillé de voir sous le porche
de la vieille église tant de livres et cette ambiance basque !
Il faut dire que dans ces années là, la culture basque
n'était pas reconnue en iparralde autant qu'elle l'est aujourd'hui.
Nous, nous n'étions pas soumis à la dictature de Franco et
pourtant nous appréhendions tout ce qui était basque ! Alors
que nous avions des bertsularis de choix, Mattin et Xalbador entre autres,
des savants bascophones comme Piarres Lafitte, Piarres Xarriton ou Jean
Haritschelhar, des acteurs de théâtre pleins de génie,
grâce à Piarres Larzabal et Telosforo de Monzon, et aussi de
beaux spectacles comme les pastorales souletines. Mais, peu de fêtes
basques, aucun concert de chants, alors que les chants de Michel Labéguerie
commençaient à avoir du succès, et aucune ikastola,
la première ayant été créée en 1969,
mais le centre pédagogique Ikas existait déjà, demandant
que le basque soit enseigné dans les collèges.
Oui, si l'on compare avec aujourd'hui, nous vivions dans un environnement
peu favorable au basque, et nous étions peu, même très
peu à nous rendre à la foire de Durango. Moi aussi je dois
l'avouer, je n'étais pas allé à Durango de ma propre
initiative, mais en tant que journaliste, pour accomplir mon travail quotidien.
Mais je n'ai pas oublié la secousse que je ressentis en voyant sous
l'ombre de l'église de Durango ceux qui s'activaient ardemment en
faveur de la culture basque pour lui donner un élan nouveau.
PRESQUE TROP RICHE
Depuis j'étais été souvent à la foire de
Durango. Chaque fois, j'en reviens enthousiasmé. L'ami Ramuntxo Camblong
me relatait la même chose. Lui aussi avait commencé à
y aller du temps de Franco. Il est enchanté de voir comment l'arbre
planté il y a trente ans, a grandi et s'est développé
!
Voilà ce que me disait un responsable de la librairie Jakin de
Bayonne "Cette foire est un endroit extraordinaire pour tous ceux qui
s'intéressent à la littérature basque".
Que dire encore ! Cette foire est devenue trop riche ! Tant de livres
et de disques, de toutes sortes ! Tant de réunions, de débats
et de conférences ! Tant de visiteurs de tous âges, des enfants,
vraiment un mouvement extraordinaire ! et par certains côtés
trop ! On ne peut pas s'approcher de certains stands et on ne peut pas avoir
des relations privilégiés avec certains auteurs, chanteurs
ou éditeurs. A vrai dire, d'iparralde, nous avons l'habitude de n'y
aller que pour un seul jour. Peut-être devrions nous changer cette
habitude car deux jours ne seraient pas de trop pour profiter à bien
de cette foire et pour jeter un coup d'oeil à tout ce qui est présenté.
En tout cas, je veux souligner ceci. La foire de Durango est vraiment
à voir par tous les basques et bien sûr par tous ceux d'iparralde.
Comme dit Luzien Etxezaharreta, éditeur de Maiatz, c'est là
que paraît, comme nulle part ailleurs, tout ce qui concerne et ce
qui est le plus important dans notre culture, les publications de (livres,
chants et autres). On peut analyser leur évolution et se rendre compte
dans quelle direction ils portent aujourd'hui leur plus grand effort...
Jean Baptiste Dirassar
Photo: Aitor Bayo/Euskal Kultura Gaur. Liburuaren mundua (Joan Mari Torrealdai) |