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Le 20 janvier 2000 ce médecin de
Saint-Palais et chercheur recevra le prix d'honneur de la culture
basque Eusko Ikaskuntza-Ville de Bayonne. Un makila d'honneur
sera offert pour tous ses travaux à ce chercheur âgé
de 86 ans. Il a étudié les chemins de Saint-Jacques
de Compostelle et publié plusieurs ouvrages dont "La
Basse Navarre, héritière du royaume de Navarre"
et créé "L'association des amis de Saint-Jacques
des Pyrénées Atlantiques". D'autre part il
a fondé le musée de Basse Navarre et des chemins
de Compostelle qui est situé à Saint-Palais en
Basse Navarre. Ce mois-ci il sera récompensé de
toutes ses uvres en faveur de la culture basque.
-Clément Urrutybehety pouvez-vous vous présenter
? Je suis né
à Saint-Palais en 1913 le 26 décembre. Mes parents
avaient un commerce. Ils vendaient du bois. J'ai fait mes études
au collège de Mauléon. Puis quand j'ai terminé
mes études de médecine en 1938 j'ai reçu
un prix pour ma thèse en 1939. C'était la guerre
et j'ai commencé à travailler aussitôt dans
la région de Saint-Palais, avec les agriculteurs.
J'aurais préféré travailler en ville, mais
je n'ai pas eu le choix. J'ai continué à travailler
en Amikuze jusqu'en 1979, et à 65 ans j'ai pris ma retraite.
-Comment avez-vous eu le goût pour l'histoire, ou
plutôt la passion?
Quand je terminais ma journée de travail, aller au café
ou jouer aux cartes, ne m'intéressaient pas. Si bien que
lorsque je disposais d'un peu de temps, entre les visites des
malades, j'ai parcouru les chemins, les routes dans tous les
sens. Peu à peu, j'ai découvert les routes d'ici,
les chemins de Compostelle et ceux du royaume de Navarre, qui
étaient en fait les mêmes. J'avais un oncle franciscain,
le Père Chrisostome, théologue,et c'est peut-être
lui qui m'a communiqué cette passion.
-Vous travailliez seul ou êtiez-vous accompagné? J'ai travaillé seul la plupart du temps. J'avais
des relations avec la Société des Amis de Saint-Jacques
de Paris. Ici aussi j'avais des relations plus précisément
avec la revue Gure Herria. Au fur et à mesure que j'avançais
dans les recherches j'adressais les informations à Paris.
A Lizarra aussi une association s'intéressait à
ces chemins. Depuis ces chemins ont eu un succès considérable
et maintenant on crée de multiples associations.
J'ai écrit beaucoup d'articles
sur des sujets très divers, dans les revues: les frontières
de la Navarre, des Ports de Cize, du carrefour de Gibraltar,
la croix de Pelegrinia de Garris, des vestiges romains, des écrits
de la chapelle de la Madeleine de Tardets. Comme je n'avais pas
le temps d'écrire, j'ai recueilli beaucoup d'informations.
J'ai travaillé avec les archives. J'ai pu obtenir tout
ce que je recherchais des archives de Pau par l'intermédiaire
de la mairie. Quand j'ai arrêté d'exercer la médecine,
j'ai commencé à écrire des livres.
-Vous avez écrit trois livres
J'ai écrit une dizaine de livrets et trois livres volumineux.
Le premier m'avait été sollicité par l'Institut
Principe de Viana "Casas Ospitalia: 10 siglos de historia
en Ultra Puertos". Le second "La traversée du
Pays Basque" demandé par les éditions Atlantica
et le dernier, il y a peu de temps, par Atlantica également
"La Basse Navarre". Pour la rédaction de ce
dernier j'ai eu du mal pour la classification des documents.
-Sur l'histoire de la Navarre beaucoup de livres ont été
publiés...
Le chanoine Pierre Narbaitz avait écrit "Quand la
Navarre avait des rois" et "Le Matin Basque".
Monsieur le Chanoine a examiné les dynasties des rois,
moi j'ai plutôt étudié les institutions et
la société navarraise.
Je me suis rendu compte que la démocratie existait du
temps du royaume de Navarre. Dans chaque commune, les propriétaires
se réunissaient puis se rassemblaient dans les cours des
provinces. La royauté, la féodalité et la
démocratie cohabitaient mais la démocratie dominait.
Les premiers fors ont été rédigés
au XIIIe siècle et le royaume de Navarre avait juré
de les respecter. La monarchie avait pour principe de base la
liberté des basques et le roi était choisi par
le peuple. Cette coutume a subsisté jusqu'à la
révolution. Le premier roi avait été choisi
au suffrage universel par les basques, avec la promesse de partager
les terres avec eux. Cette coutume a duré jusqu'au 18ème
siècle. La Basse Navarre était attachée
au royaume de Navarre longtemps. Par contre le Labourd et la
Soule étaient attachés à l'Aquitaine: nous
au Sud et les autres au Nord.
-Vous avez suivi et examiné
de près les chemins de Compostelle Il faut souligner que les chemins de Compostelle étaient
les mêmes que ceux de Navarre. C'est moi qui ai fait poser
une pierre au carrefour de Gibraltar, là ou se croisaient
les trois chemins : celui de Sorde l'Abbaye et de Garris , celui
d'Orthez et de Saint-Palais et le troisième celui de Navarrenx.
D'après "Le guide du chemin" d'Aymerie Picaud
ce carrefour était signalé vers Ostabat, mais moi
j'ai fait poser une pierre au carrefour de Gibraltar.
-La création du Musée de Basse Navarre est
une uvre importante Il y a treize ans que ce musée est ouvert. Je
me suis consacré tardivement à ce travail. J'avais
rassemblé petit à petit les objets que me donnaient
les gens. On m'offre toutes sortes d'objets : il y a peu de temps
on m'a offert le fauteuil du juge de paix de Saint-Palais. Mais
j'ai commencé trop tard à récupérer
tout ce matériel.
Peu à peu nous avons obtenu des aides diverses dont celles
du Conseil Général. La plupart du temps, c'est
moi même qui constituait ces dossiers volumineux pour obtenir
des subventions. Environ une dizaine de personnes ont collaboré
pour le musée et plus particulièrement quatre.
Nous avons rassemblé un trésor ; une vingtaine
de meubles, une centaine de linteaux, 200 à 300 outils,
quatre autels romains de Tardets, Hasparren, Ibañeta et
Guéthary, des pierres et des haches datant de la préhistoire.
L'an dernier environ deux mille
personnes ont visité le musée. Le musée
n'est pas assez connu car il n'est pas signalé sur les
guides touristiques.
Beaucoup ignore son existence. Ce musée aurait besoin
d'un conservateur.
Il devrait être mis en réseau avec les autres musées,
avec le musée Basque ou avec d'autres du département?
Nous sommes en train d'enrichir le musée. Les agriculteurs
de Basse Navarre, du Béarn ou de Gascogne recueillent
beaucoup d'outils préhistoriques et nous les remettent.
Récemment dans une maison de Domezain on a trouvé
de la documentation sur l'émigration basque, d'une grande
valeur ; les noms de 1500 émigrés, partis des ports
de Pasajes, Bayonne et Bordeaux, qui ont quitté le pays
entre 1855 et 1865...
Photographies:
Agustin Errotabere
Euskonews
& Media 61.zbk (2000 / 1 / 7-14) |